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Essentielle pour renforcer la mise en marché des innovations, l’America Invents Act est la plus importante réforme initiée aux Etats-Unis en matière de brevets depuis le Patent Act de 1952.

Adoptée par le Congrès Américain en Septembre en 2011, cette réforme est probablement historique, autant par son contenu que par le consensus du Congrès sur un sujet aussi stratégique pour la compétitivité des Etats-Unis.  Il aura fallu dix ans de gestation et de consultation tous azimuts de toutes les parties prenantes pour atteindre un objectif : aider les entrepreneurs américains à mettre plus rapidement leurs inventions sur le marché pour créer de nouvelles activités et de nouveaux emplois. En d’autres termes, stimuler la conversion en nouveaux produits des recherches conduites dans les universités américaines et les laboratoires de recherche.

Cinq mesures clés

Cinq mesures clés constituent l’armature de cette réforme de fond.

  • Réduire à 1 an au lieu de 3 du processus de dépôt des brevets. Il s’agit là d’un point essentiel  pour les startups au regard des acteurs du capital investissement qui considèrent la propriété intellectuelle comme un facteur décisif dans leurs décisions  d’investissement ;
  • Réduire les goulets d’étranglement dans le processus d’enregistrement des brevets, le stock des applications en attente de l’octroi de brevets étant de l’ordre de 700.000 ;
  • Réduire les contentieux judiciaires liés à la validité des brevets ;
  • Renforcer la qualité des brevets accordés. Le Patent and Trademark Office a revu en ce sens ses processus qualité tout en clarifiant et en rendant plus rigoureux les standards de délivrance des brevets ;
  • Renforcer la protection de la  propriété intellectuelle des brevets Américains à l’étranger. En rapprochant la législation américaine de celle de ses principaux partenaires, le dispositif mis en place facilite tout en l’accélérant, le lancement simultané de produits devant bénéficier d’une protection intellectuelle aux Etats-Unis et sur les marchés d’exportation

L’architecture de cette réforme, très pragmatique dans son contenu  et dans son articulation, a pour mérite de simplifier au maximum l’excès de juridisme inhérent à la protection intellectuelle des brevets d’invention. Elle est astucieusement complétée par une série de mesures d’application.

Sept mesures complémentaires

Celles-ci s’ordonnent autour de la création de nouveaux outils.

A destination des entrepreneurs du Biotech est créé le National Institutes Of Health (NIH), destiné à réduire les délais et les coûts de développement et de test des nouveaux médicaments.

Dans son sillage, le développement à partir de Janvier 2012, du National Bioeconomy Blueprint, a pour objectif de stimuler la recherche biologique pour relever les défis nationaux en matière de santé, d’alimentation, d’énergie et d’environnement : accélération de la commercialisation et de l’ouverture de nouveaux marchés, investissements stratégiques en matière de R&D pour accélérer l’innovation, réduction des lourdeurs procédurales, renforcement de la formation pour développer de nouvelles générations de scientifiques et d’ingénieurs, développement de partenariats entre le public et le privé.

Simultanément, les Présidents de 135 universités s’engagent à travailler de façon plus étroite avec l’industrie, les investisseurs et les agences de recherche. Objectif : encourager l’entrepreneuriat, développer la collaboration entre les universités et les industries qui les entourent, renforcer la commercialisation de programmes de recherche et d’innovation.

Cette mesure est renforcée par la création d’un University Commercialization Prize destiné à récompenser les initiatives en faveur de l’adoption des meilleures pratiques de commercialisation.

Quatre nouvelles Fondations Universitaires dotées de $20 millions sont crées en faveur des Lab to Market Innovations (Johns Hopkins University, University of Louisville, University of Missouri and University of Pittsburgh).

Des licences spécifiques d’exploitation et de commercialisation de brevets sont instaurées à l’adresse des startups de moins de 5 ans qui emploient moins de 50 ans collaborateurs. Celles-ci permettent aux startups d’exploiter des innovations au stade laboratoire en bénéficiant d’investissements complémentaires pour leur mise en marché et leur développement commercial.

Enfin, ce train de mesures additionnelles est complété par des aides spécifiques aux petites entreprises. Conditionnées par l’obtention d’un prix, ces aides sont attribuées sous diverse formes : accélération du processus d’enregistrement des brevets ou prise en charge de la protection de la propriété intellectuelle.

L’ensemble de ce dispositif, simple et cohérent, devrait apporter des solutions concrètes à un problème crucial de la Recherche qui est en définitive celui de la commercialisation des découvertes les plus prometteuses, tout spécifiquement dans le domaine de la Santé. Sait-on que 5% seulement des découvertes conduisent à un médicament ? Que le coût de développement d’un traitement est en moyenne de l’ordre du milliard pour des délais de commercialisation de l’ordre de 13 ans entre les premiers résultats scientifiques et la commercialisation du traitement qui en résulte ?

Un vrai sujet pour tout pays qui veut se donner les moyens d’une politique de Recherche et d’Innovation reposant sur des Universités performantes collaborant en partenariat étroit avec des industries compétitives.

Gilles Bouchard

 

 

Sans validation par le marché, l’innovation n’existe pas.

Comme le souligne OSEO dans son étude précitée « Dix ans de création d’entreprises innovantes en France », la Création d’une Entreprise Innovante est une création ex nihilo, dont près de 1 sur 5 provient d’un essaimage. Elle est orientée vers les marchés professionnels (B to B) de biens et de services et plus de la moitié vise d’emblée les marchés internationaux pour diffuser son innovation.

Dans le cas de Pumpart System (voir 1ère partie de l’article), le B to B et l’international constituent un passage obligé lorsque l’on a pour objectif d’industrialiser et de commercialiser à grande échelle un nouveau type de packaging répondant aux besoins de secteurs aussi divers que la cosmétique ou l’alimentaire. Un passage obligé qui repose sur une série de sous-jacents.

Disposer d’un environnement industriel et compétitif porteur

Dans le cas d’espèce, la France est un véritable tremplin vers l’international : 1er exportateur mondial de produits cosmétiques, 1er pays pour l’innovation en plasturgie et packaging, trois pôles de compétitivité de rayonnement mondial.

Opérer sur un marché large, diversifié et en forte croissance

Le marché des tubes plastiques “airless” est estimé à 3 milliards d’unités par an, soit plus de 800 millions d’euros. Avec une croissance de 15% par an du marché des packagings « airless », c’est un marché cumulé de plus de 4 milliards € sur 5 à 7 ans qui est adressé au-travers de clients quirelèvent exclusivement du B to B : les marques de la cosmétique et de la santé  et les grands fabricants de packaging.

Avoir des ambitions de développement solides et mesurées

Plusieurs millions de tubes fabriqués et vendus par an, 1 à 2 accords de licences signés par an. C’est un rythme de croissance volontariste dont les principaux facteurs clés de succès sont de véritables guides d’action : maturité du processus de production à grande échelle (cadence, flexibilité, qualité), dynamisme du licensing, développement international au-travers d’un réseau de revendeurs et de prescripteurs, investissement continu dans la Propriété Intellectuelle, sans oublier une communication intense.

Se doter d’un modèle industriel et commercial robuste

Le modèle industriel privilégie la sous-traitance et les partenariats, afin de réduire les frais fixes et de conserver une grande agilité.

Quant au modèle commercial, il repose sur deux modes de vente : vente directe de packaging aux marques de la cosmétique et de la santé, vente indirecte de licences d’exploitation aux grands fabricants de conditionnements.

Mesurer ses risques pour s’adapter en permanence

Une telle organisation suppose inévitablement de pouvoir mesurer ses risques en s’adaptant en permanence à des risques éventuels de retard dans la mise en œuvre du processus de production à grande échelle, ou d’allongement des cycles de décision des prospects et des grandes marques.

Mobiliser tous les acteurs de son écosystème

C’est en premier lieu travailler étroitement avec les acteurs en amont et en aval de la chaîne de conditionnement.  Il s’agit en particulier des fournisseurs de composants, des remplisseurs et des fabricants de machines de remplissage.

C’est ensuite communiquer et exposer son innovation dans les salons professionnels. Salon de l’innovation packaging pour la cosmétique, Salon des acteurs de la pharmacie et bien d’autres salons spécialisés. Et solliciter bien sûr les médias, leaders d’opinion et la presse spécialisée.

C’est également bénéficier du soutien d’organismes reconnus pour renforcer ses sources de financement durant les premières années d’activité. Comme dans les biotechnologies, le haut de bilan est primordial ainsi que les aides publiques tant que l’autofinancement reste négatif. Dans le cas de Pumpart System, cet appoint n’est pas négligeable jusqu’à l’atteinte du point d’équilibre cette année : prêt d’honneur de 60 K€ de Scientipôle Initiative dont il est lauréat, prêt d’honneur de 40 K€ et accompagnement de grands professionnels pendant les premières années de développement dans le cadre du Réseau Entreprendre dont il est également lauréat, subvention d’Oseo de 30 K€ à la suite du Concours National de la Recherche, catégorie Emergence Ile-de-France.

C’est enfin mobiliser ses actionnaires par expertises : professionnels de la Santé, experts en innovations technologiques, industriels. Toutes catégories qui devraient bénéficier d’un retour sur investissement dans les trois à cinq ans et d’une sortie qui pourrait se réaliser vers un grand fabricant de packagings, un groupe cosmétique / pharmaceutique ou un fonds d’investissement.

Un itinéraire bien  balisé par lequel on mesure toute la nécessité qu’il y a de laisser la place qui leur revient aux acteurs de l’innovation et de la création de valeur. A condition, naturellement, que l’action des Pouvoirs Publics joue son rôle pleinement, simplement… et exclusivement dans deux directions :

  • promouvoir un environnement législatif, fiscal et financier favorable aux entrepreneurs, par la création de dispositifs favorisant l’interaction entre acteurs scientifiques, techniques, industriels et commerciaux,
  • favoriser la réalisation – dans le cadre international – d’objectifs stratégiques nationaux de long terme (compétitivité, croissance, création d’emplois, indépendance, attractivité).

Ni plus, ni moins.

Gilles Bouchard

Harvard Angels France


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