Stratégie Chinoise et ponction d’avantages comparatifs

Si, comme le souligne Chris Patten, ex-Gouverneur Britannique de Hong-Kong, « la question clé est de savoir si l’Amérique et la Chine seront des concurrents de plus en plus hostiles ou des partenaires coopératifs », il n’en demeure pas moins que la Chine poursuivra sa stratégie de « ponction » tous azimuts des avantages comparatifs de ses partenaires, et ce, quelle que soit leur puissance.

On se souvient qu’aux termes de la « théorie des avantages comparatifs » développée par Ricardo (On the Principles of Political Economy and Taxation), le libre-échange est un système dans lequel la spécialisation des « nations »  en fonction de leurs propres avantages comparatifs à produire tel ou tel type de bien ou de service est profitable à chacune d’entre elles.

La validité de cette théorie, déjà largement entamée, ne risque-t-elle pas de l’être davantage encore lorsque l’un des acteurs décide, de par la formidable puissance de ses réserves de change, de s’offrir progressivement les ressources, les technologies ou les instruments de production sur lesquels sont fondés les avantages comparatifs et la richesse de ses partenaires ?

Rien n’est plus sûr lorsque celui-ci tente de « transformer » les avantages comparatifs de ses partenaires en un avantage absolu pour lui-même, au risque de négliger quelque peu les conséquences d’une rupture des équilibres économiques, financiers ou géostratégiques qui prédominent dans cette période d’incertitudes.

Et pourtant, cette « ponction d’avantages comparatifs » demeure l’un des piliers d’une stratégie en pleine expansion, dont la cohérence repose sur plusieurs axes, parmi lesquels :

  • L’achat de ressources énergétiques et de matières premières minérales et agricoles provenant d’un arc géostratégique constitué essentiellement de l’Asie Centrale, du Moyen Orient, de l’Afrique et de l’Amérique du Sud ;
  • L’acquisition de hautes technologies par l’achat de sociétés clés ou par des implantations ou des  investissements dans des centres de R&D à l’étranger, dans les domaines du génie civil, de l’aéronautique, du ferroviaire, du nucléaire, de l’automobile ou de l’informatique (l’acquisition de la division IBM PC par Lenovo en est une illustration emblématique) ;
  • L’absorption de marchés intégrés par l’acquisition de sociétés dotées de marques, de technologies, de chaînes de production et de réseaux distribution étendus (le rachat de Volvo automobile par Geely en est un autre exemple) ;
  • La mainmise progressive sur des instruments logistiques et commerciaux déterminants pour les échanges (investissements dans les ports de Vancouver ou du Pirée, visées probables sur les chantiers navals et la marine marchande Grecque, la première d’Europe) ;
  • Et plus généralement la poursuite de la diversification des actifs financiers avec la toute récente autorisation donnée aux entreprises chinoises de réaliser des investissements directs à l’étranger en yuan.

Mise en perspective de l’histoire de la civilisation chinoise, une telle stratégie hégémonique a-t-elle quelque chose de fondamentalement nouveau ? Pas vraiment, sauf à n’en considérer que les instruments propres au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Qui se souvient de la dynastie des Zhou (VII et VIème siècle avant JC) et de ceux que l’on appelait les hégémons ? Ces princes féodaux du Qi, du Jin, du Chu, du Wu et du Yue, qui assirent méthodiquement leur pouvoir par une stratégie combinant annexion de richesses et de territoires, échanges commerciaux et culturels, vassalisation et rites d’alliance …

Gilles Bouchard

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