Dette Américaine : le miroir aux alouettes

Diligenter une « coupe sombre » de 100 $ Milliards dans le budget de l’administration Obama : voilà une mesure qui ressemble étrangement aux apparences trompeuses des nombreux miroirs aux alouettes qui jalonnent notre environnement économique et financier. Ces miroirs sont en fait des leurres, utilisés notamment dans le Sud Ouest de la France, et que le Larousse Encyclopédique de 1963 définit ainsi : « petits engins de chasse, formés de petits miroirs ajustés sur un morceau de bois en forme de croissant, montés sur un pied vertical, et que l’on fait tourner et scintiller au soleil au moyen d’une ficelle ou d’un ressort pour attirer les alouettes ».

Jugeons-en : quelle commune mesure y a-t-il entre une réduction budgétaire portant sur 8 % d’un budget de 1.300 $ Milliards et le montant total de la dette Américaine ?

Une brève analyse des statistiques officielles du Federal Reserve Statistical Release (Z.1 Flow of funds accounts of The United States, December 9, 2010) fait état d’une  dette publique de 23.881 $ Milliards (soit 162 % du PIB). Chiffre astronomique qui résulte de l’addition de la dette publique (13.871 $ Milliards au titre de l’Etat fédéral + 2.417 $ Milliards au titre des administrations subfédérales) et de la dette parapublique (Government Sponsored Entreprises incluant notamment Freddy Mac, Fannie Mae et Ginnie Mae, soit 7.593 $ Milliards).

Ajoutons-y la dette privée non-financière qui s’élève à 23.483 $ Milliards (soit 159,3 % du PIB) : 12.526 $ Milliards au titre des ménages (84,6 % du PIB) et 10.957 $ Milliards au titre des entreprises (74,3 % du PIB).

Et les miracles de l’arithmétique nous donnent un endettement total de 47.364 $ Milliards !

Un chiffre dont l’ampleur soulève deux problèmes :

Premier problème : la situation potentielle de « défaut de dette » des Etats-Unis, qui est bien réelle mais reste latente tant qu’elle n’aura pas été actée par le Congrès qui devra nécessairement se prononcer en mai prochain sur cette question lorsque la dette publique américaine (en fait, la dette de l’Administration Fédérale stricto sensu) aura atteint le plafond « officiel » de 14.300 $ Milliards.

En attendant cette échéance, il est fort probable que les autorités Américaines redoublent d’effort pour contrecarrer ou tout au moins atténuer les effets de l’annonce par Moody’s du risque de mettre en perspective négative – d’ici 2012 – la note AAA des Etats-Unis. La raison invoquée : l’évolution de leur dette souveraine.

Deuxième problème : la quasi impasse d’un retour à l’équilibre des comptes publics et privés américains par la mise en œuvre d’instruments classiques de politique budgétaire. Ces leviers ont été quelque peu mis à l’index au profit d’une politique d’assouplissement quantitatif sur laquelle les Républicains pèseront assurément de tout leur poids, sans d’ailleurs que des “mesures de substitution” ne soient pour le moment très clairement définies, si ce n’est … à appliquer les recommandations du FMI en matière d’assainissement budgétaire !

En effet, au-delà des récentes déclarations des ténors du Congrès, la remise en cause concrète de la politique de la FED n’est pas encore à l’ordre du jour comme en atteste son dernier communiqué du 26 Janvier qui confirme la stratégie mise en place depuis septembre 2010 : maintien des taux directeurs à leur niveau et poursuite du QE 2.

L’un des éléments d’appréciation réside probablement dans le montant réel de la dette qui aura été érodé depuis le début de la mise en place des mesures d’assouplissement quantitatif : une statistique qui ne figure pas encore dans les données officielles du Federal Reserve Statistical Release …

En attendant un enrichissement de l’appareil statistique  de la FED, il est urgent d’attendre : quelques petites coupes budgétaires de 100 $ Milliards ne présenteront vraisemblablement que peu d’intérêt lorsque la dette US aura été inflatée suffisamment pour qu’il n’en reste plus grand-chose, si ce n’est dans les livres comptables des créanciers des Etats-Unis ; créances enregistrées à leur valeur historique, cela va de soi …

Gilles Bouchard

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