Légitimité du CEO en tant de crise

Légitimité du CEO en tant de crise

Dans l’une de ses récentes Notes, l’Institut de l’Entreprise aborde la question intéressante de la légitimité des dirigeants.

A la faveur de la crise, ceux-ci font l’objet de critiques assez nourries du corps social et des medias, souvent focalisées sur leur statut ou leurs rémunérations. Effectivement, la prime annuelle de 68 millions de dollars attribuée au nouveau PDG de Goldman, Lloyd Blankfein, ne laisse pas indifférents les 40 millions d’américains qui utilisent quotidiennement leurs « food stamps credit cards » ou plus prosaïquement leurs tickets d’alimentation.

De quoi parle-t-on exactement ?

Difficile de mesurer la légitimité d’un dirigeant si ce n’est à dire qu’il est légitime lorsqu’il réussit (des résultats en progression, une capitalisation solide, une acquisition, une restructuration, etc.) et illégitime lorsqu’il échoue (des résultats en berne, une gouvernance agitée, etc.). Encore faudrait-il souvent ne retenir que le caractère objectif de ce que recouvrent une réussite ou un échec. Un jugement qui appartient structurellement aux actionnaires de la société dont ils administrent le Conseil.

Pourtant, il existe d’autres causes d’illégitimité parmi lesquelles la déconnexion de la réalité, l’hypertrophie de l’ego, l’absence d’exemplarité dans la vie professionnelle et personnelle. Autant de causes qui nourrissent à tort ou à raison l’imaginaire collectif, mais qui ne fondent pas nécessairement une sanction à l’intérieur même d’un groupe ou d’une société.

Peut-être serait-il assez sage de considérer la légitimité du CEO au travers du changement qui s’est progressivement opéré dans l’exercice d’un pouvoir de plus en plus partagé. Le CEO tire davantage sa légitimité de son rôle de synthèse que de sa position hiérarchique.

Rôle de synthèse entre toutes les forces en jeu au sein de la structure qu’il dirige (actionnaires, comité exécutif, partenaires, collaborateurs, syndicats, clients, partenaires, etc.) ;

Position hiérarchique, qui reste reconnue, mais moins au titre de son rôle de chef que de son rôle symbolique de représentant, à l’extérieur comme à l’intérieur, d’une personne morale aux prises avec une multitude d’acteurs (concurrents, Pouvoirs Publics, ONG, etc.). C’est encore plus vrai dans un contexte de crise où les cycles d’activité, de production, de distribution, etc., sont de plus en plus courts et rapides, donnant lieu à des mouvements et des pressions permanentes.

La légitimité d’un CEO repose-t-elle sur sa rémunération ?

Un CEO est bien rémunéré lorsqu’il accomplit la mission pour laquelle il a été mandaté. Ce constat de bon sens est sans doute plus facile à accepter dans les pays de culture anglo-saxonne qu’en France où domine culturellement une tradition d’égalitarisme. Au-delà de cette différence de perception, il n’en demeure pas moins que la sensibilité à cette question est partout liée à une plus grande transparence de l’information financière.

Quoi qu’il en soit, la rémunération d’un CEO relève juridiquement des actionnaires réunis en Conseil d’administration et en Assemblée Générale. Mais force est de constater qu’elle dépasse les enceintes de ces organes de décision pour faire l’objet de constats, de critiques, voire de remises en cause dont chacun voudra apprécier le bien-fondé en fonction du niveau où il place le curseur du « moralement ou de l’éthiquement acceptable ». Ce débat suit des cycles bien définis, tous étroitement corrélés au désaveu dont le CEO peut faire l’objet (années 1970 et 2010) ou à l’admiration qu’il peut susciter (années 1945 à 1970 et années 1980). Sa perte de légitimité étant d’ailleurs liée à  son comportement et à son attitude davantage qu’à sa fonction de dirigeant qui est très rarement contestée.

Existe-t-il d’autres facteurs exogènes de l’affaiblissement de la légitimité du CEO ?

Il en est au moins un qui est peu perceptible par les non initiés mais qui reste très sensible pour les dirigeants, Européens essentiellement. Il s’agit de la désaffection culturelle que portent les politiques à l’égard de l’économique et du financier en général et de l’entreprise en particulier. Phénomène que mettent très clairement en exergue les atermoiements actuels des Etats en matière de régulation de la sphère financière, ou le contraste saisissant existant entre les rôles respectifs  de l’Etat Chinois et des Etats occidentaux dans l’appui de leurs acteurs économiques et financiers dans une guerre économique et financière mondiale.

Il existe également un autre facteur, beaucoup plus perceptible parce que provenant du ressenti des collaborateurs : il s’agit de la distance qu’ils mettent de plus en plus entre l’entreprise et eux-mêmes, distance qui se traduit tout naturellement dans un affaiblissement de la légitimité de celui qui en assure la direction.

Mais en définitive, le tableau n’est pas si noir à partir du moment où l’on cerne bien les risques réels de dérapages préjudiciables à l’image du CEO et donc à sa légitimité :

Risque de perdre son ouverture sur le monde extérieur par une focalisation exclusive sur son business et un manque de communication sur les enjeux et contraintes de sa fonction,

Risque de devenir trop conformiste et de perdre en charisme et en conviction,

Risque de perdre le contact avec la réalité de tous les jours en sombrant dans un « trapping » sans fond,

Risque de développer un manque de lucidité par rapport aux questions de rémunération.

Des risques non négligeables mais somme toute peu nombreux !

Gilles Bouchard

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