La combinatoire de Marin Mersenne à l’âge du « program trading »

Les transactions à haute fréquence représentent un volume moyen de 9,8 milliards d’actions échangées quotidiennement pour des ordres exécutés au millionième de seconde, soit environ 2.499.000.000.000.000 actions échangées en moyenne pour 255 jours de bourse !

Qu’est-ce que 9,8 milliards d’actions échangées quotidiennement chaque jour eu égard aux séquences musicales que l’on peut générer sur une extension de trois octaves, sans répétitions ?

Ce sont les vertigineux calculs auxquels s’est livré Marin Mersenne, homme de science et pythagoricien à cheval sur le XVIème et le XVIIème siècle.

Il observe ainsi que les chants que l’on pourrait générer avec simplement 22 notes par chant, sont au nombre de 1.124.000.727.777.607.680.000 !

Et si l’on voulait écrire tous ces chants à raison de mille par jour, il faudrait 22.608.896.103 ans et 12 jours !

Comme le dit Umberto Ecco dans son récent livre intitulé « De l’arbre au labyrinthe », il y a dans ce vertige la folle ambition d’une infinie perfectibilité de la connaissance, échappant au contrôle de toute orthodoxie qui ne serait pas celle du nombre. Tout comme le « program trading » échappe à toute régulation sérieuse, alors même qu’il s’agit bien de techniques permettant de manipuler et de soutenir les marchés, tout en ayant la capacité de créer des tendances ou de faire ce qu’on appelle du « front Running » consistant à devancer les commandes des clients pour réaliser un profit.

C’est l’idée de la « pensée aveugle » de Leibniz qui inaugure la logique formelle moderne dynamisée depuis un demi-siècle par l’informatique et l’ordinateur, « Machine Universelle de nos sociétés », omniprésente et presque omnipotente, concrétisant ainsi le rêve du mathématicien et philosophe, d’une lingua characteristica (binaire) qui serait aussi un calculus ratiocinator.

Un « calculus » qui porte quand même sur près de 70 % des transactions aux Etas-Unis et pourrait atteindre 60 % des transactions en Europe en 2012.

Ces transactions sont souvent le fruit d’effets de levier ou d’opérations consistant à annuler dans les millisecondes qui suivent, une grande partie des ordres massifs passés par les ordinateurs ; ce qui provoque des mouvements de quelques fractions de cents sur le prix d’un titre, qui suffisent aux courtiers pour encaisser des milliers de dollars par transaction.

Comme le dit Paul Dontigny (Les Affaires.com canada), si un minimum d’éthique et de respect des lois existantes prévalaient dans ce domaine, le marché n’aurait d’autre choix que de tendre vers une autre réalité : la valeur.  Dans cette perspective, la valeur du Dow Jones serait de l’ordre de 5.000 dollars » …

Mais ceci n’est finalement qu’un « détail », comparé aux quelques 16.000 milliards de dollars qui circulent dans le « système bancaire de l’ombre » ou aux 600.000 milliards de dollars de produits dérivés échangés chaque année de gré à gré, directement entre les banques…

Gilles Bouchard – CEO

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