« Comme une pieuvre que son encre efface »

Par ce recueil de poèmes au titre évocateur, publié en 1977, Fouad El-Etr, poète Libanais et fondateur de la revue La Délirante, ne pouvait imaginer comment il pourrait traduire avec autant de justesse la destinée oppressante du dirigeant d’un pays qui se qualifiait lui-même de « Roi des rois traditionnels de l’Afrique ».

Destinée macabre dont on mesure tristement toute l’étendue : selon la chaîne de télévision Al-Arabiya, citant un haut représentant Libyen de la Cour pénale internationale, l’insurrection aurait fait près de 10.000 morts et plus de 50.000 blessés. Nous sommes bien loin des quelques centaines de victimes reconnues par les sources gouvernementales Libyennes …

Comment comprendre, comme le faisait Montesquieu dans sa « Théorie des gouvernements » développée en 1748  dans « L’Esprit des lois », que le despotisme puisse être une telle insulte à la nature humaine ?

Simple perversion du gouvernement d’un seul ou pathologie d’un dirigeant mégalomane ? Les deux assurément.

Il est intéressant, à ce propos, de relire la définition du gouvernement despotique que nous donne Montesquieu : « un seul, sans loi et sans règle, entraîne tout par sa volonté et par ses caprices ».

Volonté d’unifier l’Afrique sous sa houlette ou de se faire entendre dans le concert international par une série d’actes terroristes fomentés urbi et orbi.

Caprices calculés conduisant notamment le despote à faire planter sa tente dans les jardins de l’hôtel Marigny lors de sa dernière visite de chef d’Etat en France.

L’un des principaux ressorts du gouvernement despotique est la crainte et l’obéissance absolue. Ressorts que le despote ne doit jamais relâcher sans risque de se voir effacer du jeu périlleux dont il a institué les règles : milices, police secrète, répression, sans omettre un autisme profond face à toute sollicitation d’évolution qui ne rentrerait pas dans la logique d’un jeu d’échecs dont toutes les pièces avanceraient selon la diagonale du fou.

L’un de ses principaux leviers d’action est le silence. Ce que Locke appelait si justement « la paix des cimetières » et dont Montesquieu disait: « Ce n’est point une paix, c’est le silence de ces villes que l’ennemi est prêt à occuper ».

Propos malheureusement prémonitoires à l’heure où des fosses communes continuent d’être creusées le long des plages de la côte Libyenne pour donner une sépulture à tous ceux qui sont tombés sous la fureur du tyran.

Propos heureusement prémonitoires à l’heure où la plupart des villes du pays semblent être aux mains des insurgés.

Terrible chronique d’une fin de régime écrite à l’encre rouge …

Gilles Bouchard

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