QE3, faillite de la FED : Brouillard sur Constitution Avenue

Du probable QE3 à la faillite potentielle de la FED, le brouillard semble s’épaissir sur Constitution Avenue, siège de la Banque Centrale Américaine.

Quel paradoxe alors même que les températures printanières dépassent les 20° sur Washington D.C. !

Et pourtant …

Pour mieux comprendre le fondement de ce paradoxe, peut-être convient-il de rappeler que le brouillard se constitue de particules d’eau maintenues en suspension par des mouvements turbulents de l’air, leurs charges électriques identiques les écartant les unes des autres.

« Etre dans le brouillard » se dit également d’un trouble qui affecte la vue.

Turbulences et cécité peuvent alors perturber notre vision d’un certain nombre de  « répliques » rythmant les premières secousses de la crise financière de 2008.

1ère « réplique » – 1000.000.000.000.000 $ de produits dérivés …

Malgré les tentatives de régulation, le développement des produits dérivés n’a cessé de croître pour atteindre aujourd’hui 1000.000.000.000.000 $, soit 1.000 billions $ (1.000 trillions US $).

Sur ce total, 250 à 400 billions $ seraient détenus par les cinq plus grandes banques américaines agissant en qualité de partie prenante, de contrepartie ou de garantie (P.Dontigny Jr. – PDJ Investment Canada).

Des chiffres astronomiques qui dépassent l’entendement, mais qui restent finalement assez concevables dès lors qu’on les ramène à quelque chose de comparable à la densité de gouttelettes d’eau contenues dans une simple nappe de brouillard.

Ajoutons à cela 12.000.000.000.000.000 $ (soit 12 billions $) : une estimation du montant total d’argent emprunté et imprimé aux Etats-Unis depuis 2002, ce qui, ramené à une population de 7 milliards d’hommes, représente la bagatelle de 143.853 $ par personne …

Sans omettre la dette Américaine dont on parle plus volontiers, bien que de façon souvent assez parcellaire.

2ème « réplique » – Dépassement du plafond de la « US public debt »

La « US total debt » (dette publique + dette privée) s’élève aujourd’hui à 55.326 milliards $ ; la « US National debt » (14.335 milliards $) aurait dépassé depuis peu le plafond du « US public debt subject to limit », fixé à 14.259 milliards $.

Que représente face à cela le projet récemment voté par les Républicains à la Chambre des Représentants qui prévoit des coupes budgétaires dans le budget de l’Etat de l’ordre de 5.800 milliards $ sur une décennie ?

Une réponse dérisoire à un enjeu majeur.

C’est bien dans ce contexte qu’il convient d’interpréter le communiqué de Standard & Poors du 18 avril dernier : « Because we consider the U.S. has, relative to its ‘AAA’ peers, what we consider to be very large budget deficits and rising government indebtedness and the path to addressing these is not clear to us, we have revised our outlook on the long-term rating to negative from stable. We believe there is a material risk that U.S. policymakers might not reach an agreement on how to address medium and long term budgetary challenges by 2013.

The ratings also reflect our view of the unique advantages stemming from the dollar’s preeminent place among world currencies».

Sur ce dernier point, rien n’est moins sûr : les atouts que représenteraient aux yeux de Standard & Poors  le statut de monnaie de réserve du Dollar peuvent laisser perplexe.

3ème « réplique » – Chute du cours du Dollar de -10 %

Il suffit de constater l’évolution de son cours – une  chute de – 10% depuis la mi-mars – pour se rendre à l’évidence que la devise américaine est loin de jouer son rôle de devise refuge en cas de difficultés de tous ordres, qu’il s’agisse de catastrophe nucléaire, de conflits armés ou d’évolutions macro-économiques pour le moins inquiétantes :

  • des bons du Trésor détenus à plus de 55 % par le Japon, les pays du Golfe et la Chine, dont les économies ne peuvent plus – pour des raisons qui leur sont propres – recycler la dette US ;
  •  un Nasdaq à 2.872 points et un Dow Jones à 12.800 points (cours du 29 Avril) : les pics « historiques » de l’automne 2007 sont désormais dépassés alors-même que la croissance US ralentit et que les statistiques du chômage et de l’immobilier sont loin d’être satisfaisantes ;
  •  un taux d’inflation en hausse, des métaux précieux, des matières premières (alimentaires et énergétiques) et des taux obligataires (ceux des PIGS) qui atteignent des sommets ;
  • d’autres signes avant-coureurs à ne pas négliger : la Pacific Investment  management Company(PIMCO,  l’un des plus grands fonds d’investissement de la planète, a déclaré avoir vendu toutes ses obligations de l’Etat américain et de ses agences, jugeant que « les rendements des emprunts d’Etat américains devenaient trop faibles pour soutenir la demande en « Treasury Bonds »alors que la FED approche de la fin du QE2 ». Plus récemment, la « University of Texas Investment Management Co » (un fonds de 19,9 milliards $ d’actifs, au deuxième rang après celui de la « Harvard University ») a porté à  987 millions $ le montant de ses actifs convertis en or. Une décision prise sur conseil de Kyle Bass, gérant d’un important hedge fund de Dallas, membre du Comité d’investissement de cette université, connu par ailleurs pour avoir réalisé 500 millions $ de profits lors de la crise des subprimes (Bloomberg – April16, 2011).

 

Autant de tendances qui ne peuvent être indéfiniment éludées alors même que se pose la question de la « transformation » du QE2 en QE3.

4ème « réplique » – QE forever ?

Dans ses récentes déclarations, le Gouverneur de la FED, Ben Bernanke, a laissé entendre que le QE2 avait bien fonctionné, tout en restant assez évasif sur sa reconduction.

Que peut-on en penser ?

Soit l’on considère que le QE2 a bien fonctionné dans la mesure où l’économie US donne de réels signes de reprise et un QE3 ne se justifie pas.

Soit l’on considère que les principaux indices économiques démontrent que le redressement de l’économie US n’est pas au rendez-vous et le QE3 se justifie.

En fait, l’équation pourrait se poser en d’autres termes : le QE2 n’a pas bien fonctionné, le redressement de l’économie US n’est pas à la hauteur des objectifs attendus, et le QE3 risque bien de devenir un passage obligé dans la mesure où la FED est devenue le principal acheteur de Bonds du Trésor qui trouvent de moins en moins d’acquéreurs à l’extérieur.

Gageons que ceci ne fasse que renforcer l’un des objectifs  de Ben Bernanke qui est de gommer la valeur réelle des réserves de change en Dollar détenues par la Chine. Une économie chinoise qui est entrée en surchauffe et se trouve par ailleurs confrontée à la nécessité d’apurer des crédits douteux qui représenteraient 15% à 30% de l’encours total de ses crédits bancaires. Un constat qui a motivé la décision de l’agence de notation Fitch de revoir de “stable” à “négative” la perspective d’évolution de la note de la Chine pour sa dette libellée en monnaie locale(Fitch – April 12, 2011).

Cet objectif du Gouverneur de la FED reste néanmoins à replacer dans la perspective d’une décision pour le moins importante, prise en Janvier dernier et passée cependant relativement inaperçue.

La FED s’est en effet placée sous la protection du Trésor, qui prend désormais en charge les pertes de la Réserve Fédérale. Réserve Fédérale dont les actifs représenteraient près de 40 fois ses fonds propres … qui s’élèvent à 50 milliards $ (Moneyweek – March 15, 2011).

Attendons donc que le brouillard se dissipe pour y voir plus clair … en espérant qu’avec un leverage ratio de 40, les actifs de la FED ne perdent pas plus de 4% de leur valeur à la faveur de perturbations inattendues ou non maîtrisées.

Mais restons sur une note optimiste ainsi que le suggère dans l’un de ses récents articles, Jérôme Sgard, Directeur de recherches au CERI-Sciences Po : « depuis des siècles, les Etats se mettent en défaut de paiement sur leur dette. Charles Quint en 1559 en est un exemple classique mais la monarchie française a vécu sous la menace d’une banqueroute pendant au moins cent cinquante ans, jusqu’à la Révolution ».

Le tout est d’être certain qu’un risque de défaut de paiement ne se transforme pas en une double crise de confiance. Crise de confiance en la capacité de remboursement du détenteur de la dette. Crise de confiance en l’Institution émettrice de la devise dans laquelle celle-ci est libellée.

Gilles Bouchard

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