Questions ouvertes au Président OBAMA

Absence de création d’emploi en août, division par 4 des prévisions à la hausse du PIB US (0,4 % contre une estimation de 0,8%), déficit abyssal. N’est-il pas temps de changer de mot d’ordre pour conduire les destinées d’une grande Nation ?

Yes, we must ?

« Yes we must » ne semblerait-il pas plus approprié qu’un « Yes we can » aux accents plus incantatoires que volontaristes ?

Devant l’ampleur des obstacles à surmonter, c’est-ce le moins que l’on puisse suggérer si l’on s’en tient aux récentes déclarations de Monsieur Ben Bernanke : « La FED fera «tout son possible pour aider à retrouver des taux de croissance et d’emploi élevés dans un environnement de stabilité des prix ».

Il ne reste plus au Président OBAMA qu’à augmenter les impôts des Américains les plus aisés pour accompagner la  « réduction équilibrée » du déficit budgétaire (1.600 milliards de dollars en 2010) et réduire le chômage. Il s’agit là des premiers axes de son prochain plan d’action, dévoilés lors de son voyage effectué dans le Midwest à la mi-août.

Engagement « facile », mise en application difficile …

So what ?

En effet, que proposer face aux tirs de barrage des Républicains lorsque l’on est au plus bas dans les sondages ? (“Obama Weekly Average Approval Holds at Term-Low 40%” – Gallup, August 30, 2011).

Naviguer à vue au milieu des écueils du compromis ?

C’est vraisemblablement un passage obligé pour tout président des Etats-Unis, garant du respect de la Constitution. Une Constitution qui était déjà, en 1787, le fruit d’un compromis entre grands et petits Etats, entre tenants d’un pouvoir fort et tenants des libertés locales, entre partisans de la démocratie fédéraliste de Hamilton et Adams (Président de 1797 à 1801) et partisans de la démocratie libérale de Jefferson (Président de 1801 à 1805).

« Nationalisme, culte de l’élite et respect du pouvoir » pour les Fédéralistes.

« Gouvernement limité, droits de l’homme, égalité naturelle » pour les Jeffersoniens.

La filiation des courants de pensée Républicain et Démocrate est très proche.

A l’heure où l’on commémore les 150 ans du début de la guerre de Sécession (1861-1865), ces deux conceptions de la démocratie restent en effet toujours très prégnantes. Elles expliquent la nécessité de faire en permanence  « la synthèse entre capitalisme et démocratie, entre efficacité et liberté, entre planification et laissez-faire ».

Elles expliquent les difficultés du Président Démocrate à faire relever le plafond de la dette comme elles expliqueront ses difficultés prochaines à prendre les mesures qui s’imposent.

Des mesures de compromis, bien entendu.

Some policy compromise ?

Des mesures qui pourraient s’inspirer de celles que le New Deal, d’inspiration Jeffersonienne, mettra en œuvre en appliquant à la démocratie les règles du pouvoir fédéral, d’inspiration Hamiltonienne.

Une sorte de combinatoire Démocrate et Républicaine réunissant un cocktail de mesures dont certaines pourraient résonner de façon assez surprenante à huit décennies de distance.

La boîte à outils utilisée lors du New Deal est en effet assez fournie.

Lors du premier « New Deal » – lancé en 1933 – Roosevelt concentre son action sur deux leviers :

  • le levier financier : il renfloue les établissements de crédit (Reconstruction Finance Corporation), instaure une spécialisation entre banques de dépôts et banques d’investissement  (Bankink Act) et resserre le contrôle de Wall Street. Puis, pour réamorcer la pompe, il décide d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés et de financer de grands travaux publics, générant ainsi une inflation « volontaire » qui se soldera par une dévaluation du dollar de 41% et un rétablissement de l’étalon-or en 1934.
  • Le levier de l’emploi : Roosevelt lance un programme de grands travaux d’infrastructures routières, ferroviaires et hydrauliques (Public Works Administration) et tente de juguler le chômage des jeunes en les employant notamment à des travaux de reboisement dans le cadre du Civilian Conservative Corps qui les encadre militairement.

En 1935, l’indice de la production industrielle retombe à son niveau de 1933, le nombre de chômeurs atteint les 10 millions.

Roosevelt se lance alors dans un second « New Deal » fondé sur une politique sociale appuyée en faveur des défavorisés, un renforcement des grands travaux et une injection massive de pouvoir d’achat qui s’accompagne d’une accentuation du déficit budgétaire.

Après une brève embellie en 1936, la récession frappe à nouveau les Etats-Unis en 1937.

And then ?

Ce bref aperçu historique n’est pas sans intérêt et même si le train de mesures « inédites » qui devraient prochainement être mises en œuvre se distinguait sensiblement de celui appliqué il y a huit décennies, il n’en demeure pas moins que les instruments de politiques économiques restent semblables à des degrés divers, même si leur ordonnancement dans le temps diffère.

Souhaitons cependant que les mesures qui seront prises à l’automne ne conduisent pas, elles non plus, à un bilan en demi-teinte, similaire à celui de 1939 :

  • Un PNB revenu à un niveau à peine inférieur à celui de 1929 (de l’ordre de 100 milliards $), mais avec encore près de 9 millions de chômeurs ;
  • Et surtout le constat que seule la guerre a permis de résorber totalement les conséquences de la crise de 1929 …

Comment alors, ne pas avoir aujourd’hui à l’esprit certaines théories économiques. Ces théories qui considèrent que seul un conflit serait de nature à conjuguer tout en les « légitimant » déficits conséquents, politique monétaire expansionniste, inflation et relance industrielle ? Sans omettre les impératifs stratégiques d’une politique qui rechercherait à l’extérieur quelques solutions à ses difficultés intérieures.

Comment ne pas avoir à l’esprit la résurgence d’un certain néo-mercantilisme qui a souvent été la cause et la conséquence de nombreux conflits depuis le XVIIème siècle ? Surtout lorsque ce type de théorie admet que la seule manière d’accroître la richesse d’un pays lorsque son stock de richesses est fixe, c’est de faire la guerre. Gageons, avec beaucoup d’espoir, voire de naïveté, que ce type de théorie ne trouve pas à s’appliquer lorsque le stock de richesses d’un pays vient à diminuer…

Gilles BOUCHARD

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