Les « bonnes recettes » du Docteur Schacht

Ou comment juguler une inflation galopante ? Petit  scénario de finance-fiction à l’heure où les imprimeries des banques centrales s’emballent.

Lorsqu’1 mark-or valait 1 trillon de marks-papier

Revenons aux années perturbées de la République de Weimar pour mieux comprendre ce qui peut advenir d’une hyperinflation et de l’effondrement de la monnaie-papier qui en découle.

En 1920, plus de 90 milliards de marks irriguent l’économie allemande, soit quatre fois plus qu’en 1919. Le mark ne représente alors plus que 2% de sa valeur nominale. Plus d’une centaine d’usines (fabrication de plaques d’impression, production de papier,   impression) s’activent et rivalisent de productivité dans les coulisses de la Reiscshbank.

En  janvier 1922, 1 mark-or équivaut à 46 marks-papier.

En janvier 1923, 1 mark-or équivaut à 4.280 marks-papier.

11 mois plus tard, en décembre 1923, 1 mark-or s’échange contre 1 trillon de marks-papier alors que le salaire horaire d’un ouvrier métallurgiste ne représente que 0,39 mark-or.

Instabilité chronique des prix, chômage de masse, misère, agitation politique mais également spéculation et consolidations industrielles.

C’est dans ce contexte que le Docteur Schacht, l’un des organisateurs de l’économie de guerre en 1914-1918, devient Commissaire à la monnaie de la République de Weimar fin 1923, puis directeur de la Reichsbank en 1924.

Monnaie « parallèle » et politique déflationniste

Né en 1877 au Danemark, l’une des marches de l’empire Allemand à cette époque, Hjalmar Schacht garde de son origine géographique une vision intégrée de ce qui avait fait la puissance de l’Allemagne : son agriculture, son industrie et son commerce.

Et c’est probablement tout imprégné de cette vision qu’il crée un nouvel instrument d’échange destiné à juguler l’hyperinflation : le Rentenmark.

Un montage très astucieux.

Le Rentenmark est imprimé par une banque spécialement créée à cet effet, la Rentenbank, au capital de 2.400 milliards de Rentenmarks.

Jusque là, rien de singulier.

Mais ce qui l’est plus, c’est que ce capital n’est pas versé en espèces et ne bénéficie pas d’une couverture or, mais d’une couverture bien spécifique, et quelque peu fictive, constituée d’une hypothèque sur l’agriculture, l’industrie et le commerce du pays.

Créé en parallèle du mark, 1 Rentenmark s’échange contre 1.000 milliards de marks, permettant ainsi de redonner confiance en un nouvel instrument d’échange à même de « syphonner » les excès d’une hyperinflation dévastatrice.

Un succès qui s’accompagne de mesures déflationnistes drastiques : réduction de la masse monétaire, restrictions du crédit, restrictions budgétaires, alourdissement de la fiscalité, rapatriement forcé des capitaux placés à l’étranger… Et effacement de la dette intérieure par une dévalorisation des titres d’emprunt émis avant l’inflation. En d’autres termes, une banqueroute décrétée en bonne et due forme. L’esprit de Law avait soufflé.

Fin 1924, ce remède de cheval permet à l’Allemagne de disposer d’une monnaie stable, mais au prix de la ruine des classes moyennes actives, des rentiers, des épargnants et des retraités dont la majeure partie des avoirs avait été placée en emprunts d’Etat.

Cinq ans plus tard, en 1929, l’Allemagne dispose d’une agriculture, d’une industrie et d’un commerce florissants dont la prospérité le doit largement au soutien des crédits d’une Amérique en pleine expansion. Jusqu’à ce que la crise de 1929 vienne souligner la fragilité d’une économie  en proie au retrait des capitaux américains et à la montée des extrémismes issus des élections de septembre 1930.

Simple scénario de finance-fiction ou petite tranche d’histoire à méditer à l’usage des financiers et des gouvernants au moment où semblent se renforcer les conditions d’une hyperinflation généralisée ?

Gilles BOUCHARD

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