Startup Insiders – Carnet de Mode

Le « crowdfunding » appliqué à la mode haut de gamme : transférer ses processus de paiement en amont et utiliser du lien social pour créer de la valeur. Un business model  d’autant plus singulier qu’il s’applique non pas à la musique ou à l’art mais à l’industrie de la mode. Il fallait oser.

C’est ce qu’a fait une jeune « startupper » de 27 ans en lançant Carnet de Mode. Son objectif : la mode haut de gamme à des prix accessibles pour permettre à des internautes passionnés d’apporter leur soutien financier à des créateurs de talent, en échange d’un accès à leurs collections à des prix défiant toute concurrence.

Un business model singulier

Carnet de Mode est le 1er réseau communautaire de Mode en France qui met en relation les créateurs avec leurs clients.

Une plateforme de financement participatif met en précommande une sélection de pré-collections en Prêt-à-Porter haut de gamme à raison d’une par semaine. Dès que l’un des modèles atteint le quota de précommandes (entre 5 et 50 pièces), il est envoyé en production et le créateur obtient le financement nécessaire pour lancer sa collection. Le client reçoit le modèle de son choix en édition limitée et en avant-première à – 40% de son prix boutique. Il perçoit  ensuite des royalties sur les ventes générées par celui-ci sur la e-boutique. Le créateur se charge de livrer à ses clients les articles précommandés. Carnet de Mode perçoit une commission de 40% sur tout le chiffre d’affaires généré.

Les articles à succès (Prêt-à-Porter), mais également d’autres créations d’exception (bijoux, sacs, écharpes, lunettes) sont mis en vente sur la e-boutique de Carnet de Mode qui met en relation les créateurs avec des clients du monde entier. Les créateurs gèrent leurs ventes et leurs commandes en direct avec leurs clients. Carnet de Mode perçoit une commission de 50% sur tout le chiffre d’affaires généré sur la e-boutique et verse le reste au créateur.

Un modèle astucieux qui repose sur deux fondements :

Le transfert du processus de financement aval (paiement après production) vers un processus de financement amont (prépaiement conditionnel avant fabrication). C’est le principe même du « crowdfunding », un concept de e-commerce assez nouveau sur Internet, mais qui en fait est assez ancien puisqu’il ne s’agit, ni plus  ni moins, de préachat avec souscription.

La création d’un lien social entre consommateur et créateurs de mode

Internet fournit ainsi au préachat avec souscription la dynamique de démultiplication des réseaux sociaux.

En définitive un modèle hybride où Carnet de Mode – plate-forme d’intermédiation et de financement – ne produit rien par elle-même mais assure la mise en relation de créateurs et de passionnés de mode, femmes et hommes de 15 à 35 ans attirés par l’esthétique et le design de vêtements et d’accessoires haut de gamme.

Luxe et haut de gamme à la pointe du design

Il suffit d’aller sur le site de Carnet de Mode pour saisir d’un coup d’œil son positionnement marketing et artistique (http://www.carnetdemode.com/).

Carnet de Mode est en train de déplacer les lieux communs de l’industrie de la mode en combinant création artistique, design sensoriel et insertion du consommateur dans un processus industriel complet, de la création à la mise en marché. Une occupation de la chaîne de valeur permettant d’être en prise directe avec son marché et les tendances qu’il anticipe.

Carnet de Mode est surtout un vecteur exceptionnel pour montrer l’extraordinaire combinaison de la haute couture et du prêt-à-porter dans le domaine de l’innovation. Une innovation dont le Comité Colbert souligne la diversité dans l’entreprise du luxe : « au-delà des innovations technologiques classiques, la grande spécificité du secteur [du luxe] repose sur le dynamisme de ses innovations non technologiques, que nous nommons plus volontiers anthropocentrées, dont on peut recenser trois catégories :

  • L’innovation relationnelle, qui consiste par exemple à trouver la meilleure façon de transmettre les savoir-faire ou de multiplier les échanges de créativité ;
  • L’innovation de création, qui inclut l’amélioration créative de produits et exerce une influence sur les ventes ;
  • L’innovation de service, qui peut être l’invention d’un nouvel usage pour un produit, afin d’offrir aux clients une valeur ajoutée de fantaisie et de rêve ».

Un triptyque qui va comme un gant à notre startup qui a déjà réuni près de 80 créateurs et produit et livré plus de 12 modèles. Un bon track-record depuis son lancement en début 2011, auquel s’ajoute une communauté déjà constituée de près de 23.000 membres et de plus de 11.000 fans sur Facebook.

De quoi atteindre les objectifs que s’est fixée la fondatrice : une levée de fonds de 500 K€ pour un chiffre d’affaires prévisionnel de 10,8 millions € et un résultat de 1 million € en 2015.

Des perspectives de développement qui restent confortables si l’on croise les marchés du Prêt-à-Porter Femme sur Internet (700 millions € en 2010) et du e-commerce (30 milliards € sur la même année).

Gilles Bouchard                                                                                                                                        

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