Jean-Claude Kindt – Portrait d’un autodidacte entrepreneur du nord

Lauréat 2011 des Victoires des Autodidactes, il n’a que son Certificat d’études primaires et c’est justement pour cette raison qu’il a reçu à l’Hôtel de Lassay – résidence du président de l’Assemblée Nationale – cette prestigieuse distinction qui a pour objet de faire reconnaître et d’honorer les performances réalisées par des chefs d’entreprises ou des dirigeants qui n’ont pas bénéficié de l’enseignement supérieur.

29 millions € au bout d’un destin atypique

Il grandit dans un simple deux-pièces situé en face des halles centrales de Lille. Son père, comédien de grand talent est peu présent, sa mère tient un petit commerce. Envoyé en pension à 5 ans, il quitte l’école à 14 ans et demi, son certificat d’études primaires en poche et la rue pour terrain de jeu. Livré à lui-même et vivant dans une précarité certaine, il trouve un emploi dans une banque qu’il quitte assez rapidement pour rejoindre son oncle dans le textile sur les marchés. Il s’engage ensuite dans l’armée de l’air en 1960, revient à la vie civile, subsiste grâce à des petits boulots … et devient élève au Conservatoire National d’Art Dramatique de Lille. Il a 20 ans et se lance dans une carrière de comédien qui le mène à l’ORTF et au Théâtre des Champs Elysées. Il travaille ensuite sur des chantiers avant de créer un négoce de textiles qu’il revendra trois ans plus tard pour partir en Land Rover le temps d’un périple d’un an sur la Route de la Soie. En 1979, il touche à l’immobilier, puis devient promoteur pour son propre compte. 1987, il construit son premier hôtel et s’associe en 1999 avec un financier. Ils constituent un groupe hôtelier de qualité dans des Monuments historiques et bâtiments de caractère. Un parcours pour le moins atypique pour cet autodidacte de 69 ans dont le groupe et ses 365 salariés génèrent un chiffre d’affaires de 29 millions €.

Voilà pourquoi cet homme est lauréat de La Victoire des Autodidactes, un prix créé en 1989 par le Harvard Business School Club de France (association des anciens élèves de la Harvard Business School) et co-organisé avec MAZARS (Groupe international d’audit et de conseil).

Un ADN frappé du sceau de l’entrepreneuriat

Dans un environnement économique et social dans lequel le diplôme est sacralisé et souvent présenté comme la seule porte vers l’emploi et le succès, ce prix montre que la réussite professionnelle est possible sans diplôme, en développant des valeurs d’ambition, de travail, d’effort, d’esprit d’équipe. Jean-Claude Kindt porte cet ADN en lui. C’est un homme d’engagement, attaché à faire partager ses valeurs au sein de son entreprise, passionné, motivé et curieux de tout. Pragmatique, créatif et surtout bosseur, il s’est construit « sur le tas » dans le respect de valeurs humaines qui lui sont très chères. Prenant des risques là où les autres n’en prennent pas, il est conscient des quelques lacunes dues à une formation écourtée et a appris à bien s’entourer. Ecouter et analyser tout en restant force de proposition est pour lui un moyen simple  et redoutable de décrypter les attentes et les souhaits de ses clients. Sa curiosité, sa créativité, son sens du relationnel et du contact humain, et surtout, sa grande générosité, constituent  sa « marque de fabrique ».

Il est comme beaucoup de ces entrepreneurs autodidactes qui pensent à leurs copains restés à la Communale. Ils reconnaissent tous avoir eu beaucoup de chance même s’ils ne disent pas qu’ils font tout pour la solliciter. Leur message aux jeunes en difficulté est très clair : « on peut toujours réussir, même sans diplôme ». Leur vécu de l’image de la France à l’étranger tranche profondément avec l’idée que beaucoup s’en font dans la conjoncture actuelle. Etre entrepreneur français est une chance pour eux. « La France fait envie, elle se vend bien et fait beaucoup rêver, le prix ayant peu d’importance sur les marchés internationaux ». Leur force tient dans des évidences rares, de celles qui permettent de déplacer des montagnes : “aimer, apprendre à aimer et faire aimer”. Et pour avoir transcendé les barrières scolaires et sociales, nombreux sont ceux qui participent à des œuvres caritatives en remerciant ainsi la vie de ce qu’elle leur a donné.

Gilles Bouchard

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