Lucien Goergelin – Portrait d’un autodidacte entrepreneur du Sud-Ouest

Lauréat 2011 des Victoires des Autodidactes, il n’a que son Certificat d’études et c’est justement pour cette raison qu’il a reçu à l’Hôtel de Lassay – résidence du président de l’Assemblée Nationale – cette prestigieuse distinction qui a pour objet de faire reconnaître et d’honorer les performances réalisées par des chefs d’entreprises ou des dirigeants qui n’ont pas bénéficié de l’enseignement supérieur.

20 millions € au bout d’un destin atypique

Avec pour seul bagage son Certificat d’études, il travaille comme aide familial dans l’exploitation de ses parents située dans le Lot-et-Garonne. Grand amateur des confitures maternelles, son histoire commence avec deux bassines empruntées à la coopérative locale, deux trépieds et deux bouteilles de gaz. Il veut industrialiser la production de confitures en leur maintenant leur qualité artisanale. Mais le parcours est difficile : faute de moyens, il ne peut pas fournir ses clients, personne ne le prend au sérieux, aucune banque ne veut le suivre. Peu de matériel, un fort endettement, il ne baisse pas pour autant la garde. Son courage et sa persévérance finissent par forcer le destin. La chance lui sourit : un banquier qui croit en lui, l’aide à se développer et c’est le début d’une spirale ascendante.  « On avance ensemble ! » : c’est la devise de Lucien Georgelin, cet homme de 65 ans qui, avec ses 95 salariés, un chiffre d’affaires de 20 millions € et une présence en Chine et au Japon, produit aujourd’hui 11 millions de pots de confiture, 1,2 millions de sachets de bonbons et 1 million de verrines.

Voilà pourquoi cet homme est lauréat de La Victoire des Autodidactes, un prix créé en 1989 par le Harvard Business School Club de France (association des anciens élèves de la Harvard Business School) et co-organisé avec MAZARS (Groupe international d’audit et de conseil).

Un ADN frappé du sceau de l’entrepreneuriat

Dans un environnement économique et social dans lequel le diplôme est sacralisé et souvent présenté comme la seule porte vers l’emploi et le succès, ce prix montre que la réussite professionnelle est possible sans diplôme, en développant des valeurs d’ambition, de travail, d’effort, d’esprit d’équipe. Lucien Georgelin porte cet ADN en lui. C’est un homme d’engagement, attaché à faire partager ses valeurs au sein de son entreprise, passionné, motivé et curieux de tout. Pragmatique, créatif et surtout bosseur, il s’est construit « sur le tas » dans le respect de valeurs humaines qui lui sont très chères. Prenant des risques là où les autres n’en prennent pas, il est conscient des quelques lacunes dues à une formation écourtée et a appris à bien s’entourer. Ecouter et analyser tout en restant force de proposition est pour lui un moyen simple  et redoutable de décrypter les attentes et les souhaits de ses clients. Sa curiosité, sa créativité, son sens du relationnel et du contact humain, et surtout, sa grande générosité, constituent  sa « marque de fabrique ».

Il est comme beaucoup de ces entrepreneurs autodidactes qui pensent à leurs copains restés à la Communale. Ils reconnaissent tous avoir eu beaucoup de chance même s’ils ne disent pas qu’ils font tout pour la solliciter. Leur message aux jeunes en difficulté est très clair : « on peut toujours réussir, même sans diplôme ». Leur vécu de l’image de la France à l’étranger tranche profondément avec l’idée que beaucoup s’en font dans la conjoncture actuelle. Etre entrepreneur français est une chance pour eux. « La France fait envie, elle se vend bien et fait beaucoup rêver, le prix ayant peu d’importance sur les marchés internationaux ». Leur force tient dans des évidences rares, de celles qui permettent de déplacer des montagnes : “aimer, apprendre à aimer et faire aimer”. Et pour avoir transcendé les barrières scolaires et sociales, nombreux sont ceux qui participent à des œuvres caritatives en remerciant ainsi la vie de ce qu’elle leur a donné.

Gilles Bouchard

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