Voyage au centre d’une Jeune Entreprise Innovante (1ère partie)

On en parle beaucoup. Mais avec quels ingrédients fabrique-t-on une Jeune Entreprise innovante ?

OSEO vient de publier « Dix ans de création d’entreprises innovantes en France » une étude très intéressante dont il ressort une série de tendances fortes : leur taux de pérennité annuel moyen est de 85 % sur 5 ans, leurs marchés concernent essentiellement les TIC et les sciences de la vie, leur organisation en partenariat est fréquente. Plus de la moitié d’entre elles s’adressent aux marchés internationaux, leurs équipes sont expérimentées, fonds propres et aides publiques sont leurs sources essentielles de financement.

Autant dire que cela ne s’improvise pas. Exemple concret de la construction à la fois très simple et très sophistiquée d’une entreprise innovante sur des produits de consommation de masse.

Trouver l’idée simple derrière laquelle se cache la véritable innovation

Exemple concret : Pumpart System est une Jeune Entreprise Innovante qui s’est donnée pour mission de développer, industrialiser, fabriquer et commercialiser des emballages. Pour faire simple, il s’agit de tubes de conditionnements plastiques pour des produits tels que les crèmes cosmétiques ou pharmaceutiques, les dentifrices ou les produits alimentaires.

Un marché dont l’expansion et les acteurs pourraient laisser penser qu’il n’y a pas de place pour de nouveaux entrants : 50 milliards de tubes par an, 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Et pourtant, une « simple » observation permet à un œil avisé de constater que plus un produit est sain et naturel, plus il a besoin d’être conservé dans un emballage sophistiqué et polluant. C’est le cas des produits cosmétiques sensibles à l’air et en particulier des flacons et des tubes équipés de pompes « airless » (qui conservent les produits à l’abri de l’air) assez techniques et assez complexes.

L’innovation est alors à portée de main.

Elle repose d’abord sur une équipe expérimentée : trois amis de longue date réunis autour d’un « inventeur » et dotés chacun de 15 ans d’expérience dans des entreprises internationales de la cosmétique, de la pharmaceutique et des TIC, dans les domaines de la Supply-Chain, de la gestion de production et de la vente.

Elle consiste ensuite à renverser, dans tous les sens du terme, la conception et le processus de fabrication des tubes de plastiques pour améliorer toute la chaîne de valeur qui en découle dans tous les domaines, du marketing en passant par les coûts et l’empreinte carbone.

Petit détour dans la reconfiguration d’un processus de fabrication

Prenons l’exemple d’un tube standard de crème pour visage.

Constat : le tube se remplit par le bas, conduisant inévitablement à emprisonner une bulle d’air lorsque son extrémité plate est scellée. Dès son conditionnement, le produit subit alors une altération par contact avec de l’air.

Pour y remédier, d’autres conditionnements on intégré des systèmes de pompe assez complexes  et souvent fragiles à l’extérieur des tubes, donnant par ailleurs le sentiment d’utiliser un emballage dont la taille est disproportionnée par rapport au contenu.

Idée : remplir le tube par le haut comme pour un flacon. Injecter la crème, non pas directement dans le tube, mais dans une poche de plastique mobile fixée au col du tube. A chaque pression des doigts sur le tube, un petit trou muni d’une valve située au bas du tube laisse pénétrer de l’air à l’intérieur sans le laisser ressortir. Cet air repousse la poche anaérobique (sans air) qui permet ainsi à la crème de sortir inaltérée du tube

Une innovation apparemment simple, mais qui a requis trois années de développement et d’industrialisation avant d’être lancée sur le marché à la mi-2010.

Avancée technologique : par son nouveau conditionnement, une innovation de ce type offre un large spectre d’avantages concurrentiels :

  • bonne protection des produits sensibles, restitution du produit supérieure à 98% alors que les conditionnements classiques entraînent jusqu’à 15% de perte. Un avantage non négligeable face à une érosion du pouvoir d’achat,
  • simplification du processus de production : réduction des matières plastique grâce à l’absence de pompe, coûts de fabrication réduit, gain de poids et de volume de conditionnement,
  • variété des formats,
  • facilité de recyclage car le tube peut être mono-matériau.

Une série d’atouts qu’il vaut mieux protéger.

Protéger son idée

C’est une évidence. Se protéger par un brevet français est utile mais pas suffisant. Déposer son brevet dans tous les pays qui présentent un potentiel commercial n’est pas à négliger. Il suffit de se souvenir, il y a quelques années, de la percée du fabriquant de stylos Bic sur le marché américain alors très fermé des planches de surf. Un simple contournement territorial y avait suffit.

Protéger ses Accords de licence et de distribution est également indispensable. Le must étant que ces accords ne prévoient ni transfert de connaissance technique critique, ni transfert des outils ou de la capacité de production.

Arrivée à ce stade, une idée inventive peut très bien rester lettre morte. Une invention n’est pas une innovation. Une innovation est souvent à la fois un processus d’émergence complexe et un résultat. Mais cela ne suffit pas : sans validation par le marché, l’innovation n’existe pas.

C’est l’objet de « Voyage au centre d’une entreprise innovante » (2ème partie)…

Gilles Bouchard

Advertisements

Comments are closed.