Créer une monnaie, c’est tellement facile !..

35 ans, c’est l’âge moyen des quelques 177 monnaies fiduciaires actuellement en service dans notre système financier planétaire. De quoi « relativiser »  le débat sur la pérennité du dollar ou l’éventuel  démantèlement de l’euro.

Pour quelle durée de vie ?

Dans une étude assez singulière (www.dollardaze.org), Mike Hewitt a recensé quelque 609 monnaies fiduciaires qui ont jalonné notre histoire et ne sont plus aujourd’hui en circulation.

Parmi celles-ci, 135 ont été détruites par l’hyperinflation engendrée par une émission excessive. Les autres ont disparu sous la coupe d’un envahisseur, ont été rebaptisées ou converties en une autre monnaie.

Leur espérance de vie moyenne : 17 ans !

Mais avec un spectre très large, allant de 591 ans pour la livre Tournois qui a été frappée de 1204 à 1795, au Dinar Yougoslave qui n’a vécu qu’1 mois en 1994, juste l’espace d’un cillement.

Que l’on parle de la pérennité des devises ou de leur unicité territoriale, une chose est sûre : il est bon de se souvenir du caractère éphémère et  versatile des instruments d’échange qui semblent les plus ancrés dans nos quotidiens.

Plus de 350 monnaies locales en France et en Allemagne !

Privilège des institutions habilitées à émettre des signes monétaires, l’émission de monnaie est très encadrée.

L’article 442-1 du Code Pénal prévoit ainsi que la contrefaçon ou la falsification des pièces de monnaie ou des billets de banque ayant cours légal en France ou émis par les institutions étrangères ou internationales habilitées à cette fin est punie de trente ans de réclusion criminelle et de 450.000 euros d’amende.

Et pourtant, il existe en Europe des instruments d’échange « tolérés », quasiment identiques à ceux actuellement en circulation : 300 SEL (Systèmes d’Echange Local) en France, près de 50 monnaies régionales en Allemagne.

Le premier Système d’Echange Local Français a vu le jour en 1994. Il s’agit d’une structure associative déclarée ou libre qui permet aux adhérents de pratiquer des échanges de biens et de services valorisés en monnaie autonome à parité avec l’euro. Le SEL ne remplit pas de fonction d’épargne ou de spéculation. C’est une monnaie dite « fondante », dont le taux de dépréciation est fixé à 2 % tous les six mois. La dépréciation de la monnaie encourage ainsi sa circulation et donc la consommation et l’investissement au détriment de sa thésaurisation.

http://www.dailymotion.com/video/xkvgh7_les-monnaies-locales-commencent-a-fleurir-un-peu-partout_news

Il ne s’agit pas d’une singularité française puisqu’il existe des centaines de monnaies complémentaires en Belgique (Ropi), en Italie (Fioreto), en Angleterre (Lewes), mais également un peu partout dans le monde, des Etats-Unis, en passant par l’Amérique du Sud et le Japon.

http://www.complementarycurrency.org/ccDatabase/les_public.html

Semblable au SEL, le DreyEcker ou le Hallertauer font partie du RegioNetzwerk, réseau national de monnaies régionales allemandes. Leur objectif est de stimuler l’économie locale en retenant le pouvoir d’achat à l’intérieur de celle-ci. Les consommateurs échangent 100 € contre des coupons de monnaie régionale à une association qu’ils veulent soutenir. Ils peuvent ensuite les dépenser dans des magasins locaux, à parité avec l’euro. Egalement « fondant », cet instrument d’échange nécessite que l’on appose tous les trois mois sur ces coupons un timbre représentant 2% de sa valeur, de  manière à éviter son érosion.

Ces expériences seraient-elles de nature à aggraver les craintes liées à l’avenir de l’euro ?

Sûrement pas, elles illustrent tout simplement une volonté quelque peu protectionniste de préserver une activité économique locale sur fond de solidarité : une petite touche de baroque dans un univers financier autrement plus agité.

Un univers où le prochain LTRO (Longer-Term Refinancing Operation) devrait conduire la BCE à octroyer aux banques des prêts à trois ans pour la bagatelle de 1.000 à 1.500 milliards d’euros. Des montants qui viendraient s’ajouter aux 500 milliards servis en décembre dernier lors de sa deuxième opération à trois ans (la première opération à un an ayant déjà permis de servir 450 milliards servis en 2009). En d’autres termes, il s’agit d’une création de quasi-monnaie de l’ordre de 1.500 à 2.000 milliards, qui viendraient s’ajouter aux 9.780 milliards d’euro qui constituent la masse monétaire européenne. Ce qui, au bas mot, correspondrait à une quasi-dévaluation de l’euro de l’ordre de 13,3 % en  l’espace de 2 mois [(1.500 / 9.780) X 100 = 13,3 %] …

Gilles Bouchard

 

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