Les miroirs feraient bien de réfléchir !…

Reflet d’une jeunesse souvent désabusée, le miroir dans lequel se regarde notre société ferait mieux de susciter en elle une réflexion active plutôt que de continuer à lui renvoyer une image de plus en plus pâle et déformée d’impossibles lendemains qui chantent.

Comment peut-on répéter inlassablement ces mêmes erreurs à l’égard d’une jeunesse souvent désorientée malgré les apparences, et étonnamment silencieuse.

Et pourtant…

Tout le monde sait que le silence parle

C’est une bonne raison pour l’écouter et prendre en compte les aspirations d’une génération qui fait preuve d’une grande tolérance compte tenu de ce qu’elle vit au quotidien.

C’est une bonne raison pour ne pas continuer de l’anesthésier avec encore plus de musique, de jeux vidéo, de sports ou de connectivité sous toutes ses formes, en lui faisant croire qu’il s’agit d’une réponse à ses besoins de liberté et d’un moyen d’emprunter l’ascenseur social pour un avenir plus radieux. Tout au plus s’agit-il d’un exutoire à des énergies et des idéaux que la génération qui la précède ne sait pas ou ne veut pas prendre en compte.

L’image d’un monde idyllique à portée de rêve, à défaut d’être à portée de main, ne fait que engendrer des frustrations d’autant plus profondes que les moyens pour les combler s’évaporent.

Le  fossé se creuse entre les aspirations les plus fantastiques et les plus extraordinaires générées dans les univers du ludique et de l’imaginaire, et la réalité plus terne d’un présent vécu au jour le jour, sans possibilité de se projeter dans un avenir tout aussi enthousiasmant.

Le fossé se creuse entre les aspirations des plus jeunes et celles de moins en moins partagées de la génération des babyboomers qui n’a plus rien ni de « baby » ni de « boomers » et dont l’une des préoccupations majeures est de lutter contre ses rides tout en préservant ses acquis.

Comment ne pas ressentir cet égocentrisme comme une sorte de confiscation de son avenir, pour une génération qui n’est pas préparée à prendre les commandes, alors même qu’elle devrait y accéder  dans un avenir très proche : moins d’une décennie ?

Comment rattraper le temps perdu en accélérant un processus de partage non seulement d’aspirations communes, mais de patrimoine et de richesses communs, dont une bonne partie est en voie de raréfaction pour avoir été en partie surconsommée dans les décennies antérieures ?

Comment continuer à nourrir des rêves improbables quand on perçoit que ceux-ci risquent de couler dans le «  tout à l’ego » de cités qui ne se préoccupent que des intérêts de leurs populations vieillissantes ? Comment continuer de justifier la quête impuissante d’idéaux de vies amputés des fictions d’un bien-être à crédit dont les générations montantes sont exclues ?

Signe des temps, on a jamais entendu parler autant d’éthique, de déontologie, de morale, alors même que se délite le socle culturel, social et matériel sur lequel reposent ces valeurs en forme de mots d’ordre incantatoires.

Dans ces conditions, comment espérer forger un destin commun entre générations contraintes – quelle que soit l’ampleur des résistances – d’affronter les défis d’une redistribution des cartes dans un jeu où la communauté de vision et d’aspiration est essentielle ?

« Mars ou rêve » ou « marche ou crève » ?

Transformer « Mars ou rêve » en « marche ou crève » a tout du pari délicat et incertain qu’il convient néanmoins de gagner sous peine de s’exposer à de graves déconvenues. Mais le souffle d’une épopée ne s’invente pas du jour au lendemain. Il se travaille en profondeur, loin des utopies éphémères et sans fondements qui servent de véhicules aux intérêts primaires et divergents des générations vieillissantes et des élites qui les défendent.

On ne peut jouer les catalyseurs de l’improbable et laisser penser aux jeunes générations qu’elles peuvent toujours continuer leur quête sans issue d’un message d’espoir enfoui dans la galaxie de leurs rêves virtuels. Ce message d’espoir se construit et se nourrit d’actes concrets et de résultats palpables, et non de chimères et de promesses sans lendemain. Et c’est probablement l’essence même de la politique et de sa capacité à forger un destin commun qui est gravement remise en cause dans bon nombre de jeunes esprits. A juste titre, ils assimilent de plus en plus ses errements et sa faillite à la génération de leurs prédécesseurs qui la conduisent au nom d’intérêts dans lesquels ils ne peuvent se retrouver.

Les transitions générationnelles se préparent dans le temps, avec beaucoup d’attention et de méthode. A défaut, elles ne peuvent que générer des rattrapages en forme de chocs pourtant bien connus – pour en avoir eux-mêmes généré à la fin des années 60 – de ceux qui risquent de les susciter.

Gilles Bouchard

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