Le meilleur âge pour entreprendre (2)

Bien loin des idées reçues, c’est entre 35-44 ans et 55-64 ans que se trouvent les “2 pics” de la création d’entreprise (Source Kauffman Fondation). Un potentiel indispensable au renforcement du tissu de nos entreprises.

Des entrepreneurs de grande qualité

Les cadres supérieurs sont les plus mobilisés par l’entrepreneuriat (sondage réalisé par l’Institut Think pour l’APCE et Cerfrance – février 2013). Quelques chiffres pour fixer l’importance des enjeux : 51 % des salariés de plus de 50 ans ou à la recherche d’un emploi se disent prêts à entreprendre (Source CSA & ACPE – 2010) ; 50 000 personnes de plus de 50 ans ont créé une entreprise en 2008 (Source ACPE).

Les atouts qu’ils ont en main sont exceptionnels. Contrairement aux jeunes entrepreneurs, les entrepreneurs de 40 ans et plus disposent d’atouts majeurs dans la création d’entreprise : des compétences solides, une expérience confirmée, un réseau professionnel et personnel consistant. Leurs ambitions se situent à un autre niveau : créer de valeur économique et sociale, créer des emplois, mais également préserver les générations futures ou protéger l’environnement. Sans omettre un recul et une intuition des situations bâtis sur l’expérience et la pratique d’au moins deux décennies d’activité. À cela s’ajoute la capacité de mobiliser rapidement des capitaux d’amorçage : 1 sur 2 finance sa propre création d’entreprise. Les leviers d’une dynamique entrepreneuriale sont bien là. Il suffit de les stimuler et de les actionner pour redéployer le potentiel de création entrepreneurial des 40 ans et plus. Un potentiel indispensable au renforcement du tissu de nos entreprises.

Un tissu d’entreprises à renforcer

Le constat est connu. La France dispose de 39 multinationales très performantes qui la placent au 4e rang mondial après les USA, le Japon et la Chine, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni (Fortune Global 500). Première ombre à ce palmarès : la faiblesse de nos ETI (4 195 Entreprises de Taille intermédiaire contre 10 428 pour l’Allemagne) et de nos PME (28 000 contre 47 000 pour l’Allemagne). Soit un déficit de plus de 6 200 ETI, 19 000 PME et l’équivalent de 1,2 million d’emplois.

Ces données sont à rapprocher des quelques 550 000 entreprises créées en France en 2012, dont 6 sur 10 en auto-entreprise et 85 % sans salariés. Ajoutez à cela le fait que plus de 60 000 entreprises ont disparu la même année et vous arriverez à une conclusion très simple : un déficit d’entreprises de plus de 10 salariés impactant le commerce extérieur français et le taux d’emploi, une hypertrophie des auto-entreprises qui s’assimilent davantage à de l’auto-emploi qu’à des entreprises.

Mettez en perspective ce véritable gaspillage d’une force productive de haut niveau que constitue la sortie des 40 ans et + du système productif. Vous constaterez qu’il y a sûrement autre chose à faire que de passer par pertes et profits des expertises de tous ordres et notamment celles de cadres sur lesquels les entreprises qu’ils ont servies ont lourdement investi pendant 30 ans, juste le temps d’une génération pour qu’un pays décline, émerge ou ne se ressaisisse. Rappelons pour mémoire que l’on parle de près de 1,7 million de personnes : une force productive de grande qualité constituée de ces cadres et professions intermédiaires qui représentent près de 40 % des demandeurs d’emploi.

Et pourtant…

Ce sont les “grands oubliés” des stratégies d’emploi et de création d’entreprise. Les mesures récemment mises en œuvre ne les concernent pas pour le moment. Un oubli inquiétant au regard de la récession actuelle et de ses effets accélérateurs sur le déséquilibre actifs/inactifs (1/3 de la population aura plus de 60 ans en 2050).

Pour mémoire, le dispositif “Emplois d’avenir” a pour objet de s’attaquer au chômage des 16-25 ans peu ou pas qualifiés venant de zones défavorisées, le gouvernement souhaitant créer 100 000 emplois d’avenir dès 2013. Quant au “Contrat de génération”, il vise à encourager l’embauche en CDI de jeunes âgés de 16 à 25 ans quelle que soit leur formation, et le maintien dans l’emploi de salariés de plus 57 ans, avec transfert de savoir-faire et de compétences entre générations. Objectif : créer 500 000 emplois sur 5ans. Il s’agit d’un dispositif obligatoire pour les entreprises de plus de 300 salariés, mais facultatif pour les petites entreprises qui représentent 95,5 % des sociétés en France.

Est-il surprenant qu’une stratégie volontariste de sortie précoce de l‘emploi, mise en œuvre depuis 30 ans, ait des répercussions directes ou indirectes sur la faiblesse du tissu de nos entreprises ? Certainement pas. Est-il raisonnable de poursuivre en ce sens dès lors que l’on oblitère la capacité entrepreneuriale des 40 ans et plus ? Encore moins.

Gilles Bouchard – VP Harvard Angels France

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