Pourquoi redéployer le potentiel de création d’entreprises des 40 ans et + ? (3)

La réponse est assez lapidaire : pas d’offre, pas de structures, pas d’aides.

Pas d’offre spécifique dédiée à la création d’entreprises des 40 ans et +

Alors qu’ils disposent d’atouts majeurs et qu’un sur 2 finance la création de sa propre entreprise, il n’existe pas d’offre spécifique à la reconversion et à l’accompagnement des 40 ans et + voulant créer une entreprise. L’offre existante, généraliste ou spécialisée, s’adresse dans tous les cas à des publics dont sont exclus les 40 ans et +, pourtant dotés d’atouts majeurs http://lecercle.lesechos.fr/. A ce problème « structurel » s’ajoutent plusieurs facteurs cumulatifs. Des pesanteurs sociologiques. Une image dévoyée http://lecercle.lesechos.fr/. Une culture de l’emploi et des politiques de recrutement parfois discriminatoires malgré le discours officiel : « plus de 60 % des recruteurs en entreprises reconnaissent avoir écarté un candidat sur le seul motif de son âge » (source Etude APEC 17 Janvier 2013). Une culture de la reconversion souvent axée sur le salariat ou le consulting, le plus souvent sans certitude de retrouver des fonctions et une rémunération similaires. Des incubateurs de grandes écoles ou d’universités, le plus souvent dédiés à leurs étudiants ou à leurs anciens élèves et de toute façon limités en taille et en capacité d’incubation. Des incubateurs de centres de recherche exclusivement dédiés à leurs chercheurs. Ou des accélérateurs conduits par des fonds d’amorçage et d’investissement dédiés aux jeunes pousses issues la plupart du temps du Web. En fait, il n’y a rien de surprenant à cet état de fait. Les 40 ans et + subissent le contrecoup d’une profonde récession pour laquelle les mécanismes d’ajustement de l’offre et de la demande d’emploi sont grippés et les structures d’accompagnement inexistantes.

Pas de structures spécifiques dédiées à la création et à l’accompagnement des 40 ans et +

Les structures existantes sont le plus souvent gérées par des associations de bénévoles et d’anciens chefs d’entreprises qui assument un rôle dévolu dans d’autres pays à des structures dédiées. Hormis des structures très dynamiques comme le CRA (Association Nationale dédiée à la Transmission d’Entreprises dont on oublie que depuis sa création, plus de 10.000 dirigeants lui ont confié la vente de leur entreprise !), il n’existe pas de structures privées ou publiques ciblant la reconversion active des 40 ans et + voulant créer une entreprise. Pas d’accompagnement permettant de démystifier la création d’entreprise et de lever les freins culturels à l’acte d’entreprendre lorsque l’on a passé l’essentiel de sa carrière dans de grandes structures. Pas d’aide spécifique permettant à des dirigeants-entrepreneurs de s’immerger dans une culture active d’entrepreneuriat et de mettre leur entreprise en phase active de levée de fonds. Et pourtant, il est indispensable de pouvoir répondre aux besoins d’accompagnement qui sont ceux de tout entrepreneur, et tout particulièrement de ceux de 40 ans et + en phase de démarrage. Valider leurs orientations et leurs actions. Mettre leur expertise et leur savoir-faire de grandes structures en perspective de leur projet de création. Les aider à se mettre en mode de fonctionnement startup. Leur faire adopter un comportement d’entrepreneur tout en bénéficiant d’un réel transfert de savoir-faire de la part d’entrepreneurs-investisseurs qui ont eu, comme eux, une expérience de grandes structures dans des postes opérationnels et fonctionnels. Des entrepreneurs-investisseurs à même d’agir en catalyseur du développement de leur projet. Des entrepreneurs-investisseurs à même de les accompagner quotidiennement dans la création, le lancement et le financement de leur entreprise, prêts à partager leur expérience pour gagner du temps et leur faire prendre conscience de la nécessité de penser leur projet et leur business model de façon différente pour développer leurs propres ressources et solutions pour faire face aux problèmes auxquels seront confrontés dans leur parcours d’entrepreneur.

Pas d’aides financières spécifiques à la création et à l’accompagnement des 40 ans et +

Comme le souligne très justement la Cour des Comptes, les aides à la création d’entreprise sont réparties de manière déséquilibrée « entre les trois types de créateurs d’entreprises que sont les chômeurs (1,6 milliards d’euros), les créateurs classiques (252 millions d’euros) et les innovants (267 millions d’euros). Le déséquilibre en faveur des chômeurs incite les créateurs à passer par le statut de demandeur d’emploi pour bénéficier des aides auxquelles celui-ci ouvre droit ». Les dispositifs généraux peuvent bénéficier aux cadres-entrepreneurs mais ils restent pour eux marginaux et réducteurs compte tenu de leurs conditions d’octroi : exonération de charges sociales pendant un an (ACRE), accompagnement et prêt à taux zéro pour les demandeurs d’emploi de moins de 26 ans ou de plus de 50 ans (NACRE). Seule solution : financer sa propre création en utilisant ses propres fonds ; ce qu’un sur deux réalise. A raison d’ailleurs, surtout lorsque l’on a la conviction que la création d’une entreprise ou l’intégration d’une startup dans un poste opérationnel ou fonctionnel restent la meilleure option de reconversion. Il faut alors capitaliser sur ses expériences et ses compétences mais pas tout seul (« la moitié des entreprises sont créées sans aides publiques et plus de 70 % sans accompagnement par une structure spécialisée »). Il devient alors nécessaire que des initiatives privées viennent prendre le relais en mettant en place un processus spécifique de reconversion-accompagnement des 40 ans et +. Des processus conduits par des entrepreneurs disposant d’une triple expérience de grands groupes, de startups et de financement-investissement. Un processus spécifique couvrant les deux phases de pré-incubation et d’incubation propres à la création et au lancement d’une entreprise. Un processus accéléré prenant en compte les atouts dont disposent les 40 ans et + par rapport aux plus jeunes créateurs. Et ils sont nombreux. Adaptabilité, mobilité, motivation renforcée par la nécessité de s’investir à fond pour se relancer dans une deuxième carrière qui doit durer encore 15 à 20 ans.  Productivité forte, connaissance de l’entreprise et du facteur humain, de la conduite d’équipes et de projets, opérationnalité et autonomie, tissu relationnel immédiatement adaptable, voire transposable à certaines opérations clés de la croissance d’une startup. En d’autres termes, un savoir-faire exceptionnel. Et là, plus de discrimination, que ce soit par l’âge, les compétences ou l’expérience. Le champ est ouvert pour donner libre cours aux forces vives de la création dans ses tranches d’âge les plus prolifiques : 35-44 ans et 55-64 ans (Source Kauffman Fondation).

Gilles Bouchard – VP Harvard Angels France

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